Journalisme et déontologie

Ceux qui suivent les interviews de Thinkerview en entendent régulièrement parler via Sky, l’homme aux questions. Voici donc la fameuse Charte de Munich. On la livre tel quel et on fait quelques commentaires ensuite.

Déclaration des devoirs et des droits des journalistes

Préambule

Le droit à l’information, à la libre expression et à la critique est une des libertés fondamentales de tout être humain. Ce droit du public de connaître les faits et les opinions procède l’ensemble des devoirs et des droits des journalistes.

La responsabilité des journalistes vis-à-vis du public prime toute autre responsabilité, en particulier à l’égard de leurs employeurs et des pouvoirs publics.

La mission d’information comporte nécessairement des limites que les journalistes eux-mêmes s’imposent spontanément. Tel est l’objet de la déclaration des devoirs formulés ici.

Mais ces devoirs ne peuvent être effectivement respectés dans l’exercice de la profession de journaliste que si les conditions concrètes de l’indépendance et de la dignité professionnelle sont réalisées. Tel est l’objet de la déclaration des droits qui suit.

Déclaration des devoirs

Les devoirs essentiels du journaliste, dans la recherche, la rédaction et le commentaire des événements, sont :

1) respecter la vérité, quelles qu’en puissent être les conséquences pour lui-même, et ce, en raison du droit que le public a de connaître ;

2) défendre la liberté de l’information, du commentaire et de la critique ;

3) publier seulement les informations dont l’origine est connue ou les accompagner, si c’est nécessaire, des réserves qui s’imposent ; ne pas supprimer les informations essentielles et ne pas altérer les textes et les documents ;

4) ne pas user de méthodes déloyales pour obtenir des informations, des photographies et des documents ;

5) s’obliger à respecter la vie privée des personnes ;

6) rectifier toute information publiée qui se révèle inexacte ;

7) garder le secret professionnel et ne pas divulguer la source des informations obtenues confidentiellement ;

8) s’interdire le plagiat, la calomnie, la diffamation, les accusations sans fondement ainsi que de recevoir un quelconque avantage en raison de la publication ou de la suppression d’une information ;

9) ne jamais confondre le métier de journaliste avec celui du publicitaire ou du propagandiste ; n’accepter aucune consigne, directe ou indirecte, des annonceurs ;

10) refuser toute pression et n’accepter de directives rédactionnelles que des responsables de la rédaction.

Tout journaliste digne de ce nom se fait un devoir d’observer strictement les principes énoncés ci-dessus ; reconnaissant le droit en vigueur dans chaque pays, le journaliste n’accepte, en matière d’honneur professionnel, que la juridiction de ses pairs, à l’exclusion de toute ingérence gouvernementale ou autre.

Déclaration des droits

1) Les journalistes revendiquent le libre accès à toutes les sources d’information et le droit d’enquêter librement sur tous les faits qui conditionnent la vie publique. Le secret des affaires publiques ou privées ne peut en ce cas être opposé au journaliste que par exception en vertu de motifs clairement exprimés.

2) Le journaliste a le droit de refuser toute subordination qui serait contraire à la ligne générale de son entreprise, telle qu’elle est déterminée par écrit dans son contrat d’engagement, de même que toute subordination qui ne serait pas clairement impliquée par cette ligne générale.

3) Le journaliste ne peut être contraint à accomplir un acte professionnel ou à exprimer une opinion qui serait contraire à sa conviction ou sa conscience.

4) L’équipe rédactionnelle doit être obligatoirement informée de toute décision importante de nature à affecter la vie de l’entreprise.

Elle doit être au moins consultée, avant décision définitive, sur toute mesure intéressant la composition de la rédaction : embauche, licenciement, mutation et promotion de journaliste.

5) En considération de sa fonction et de ses responsabilités, le journaliste a droit non seulement au bénéfice des conventions collectives, mais aussi à un contrat personnel assurant sa sécurité matérielle et morale ainsi qu’une rémunération correspondant au rôle social qui est le sien et suffisante pour garantir son indépendance économique.

Munich, 1971

Belle éthique et presque rien à redire !

Sauf qu’on ne comprend pas la construction grammaticale suivante: « Ce droit du public de connaître les faits et les opinions procède l’ensemble des devoirs et des droits des journalistes. » Procéder n’est pas un verbe transitif. Faut-il lire procède de ou même précède?

Pour respecter la vérité, il faut en avoir une définition et là, ça se complique étant donné que depuis Kant, on s’accorde sur le fait que l’humain n’y a jamais directement accès. Pour le constructivisme, la vérité est le produit d’une construction sociale contingente: elle n’est donc pas unique et diffère donc suivant les personnes. Jean Gagnepain entend par vérité, la valorisation du réel, si on entend par là ce qui se dit à propos de la réalité. Reste à choisir les critères et les protocoles de cette mise en valeur. De la rumeur au consensus scientifique, il existe tout un panel de « vérités » plus ou moins valables. La webtélé La Tronche en Biais fait une brève présentation plutôt fun de la fiabilité de la parole qui éclairera la lanterne des néophytes en la matière.

La vérité est toujours affaire de point de vue et la neutralité du journaliste est pure fiction. C’est un leurre pour les adorateurs du Décodex et les lecteurs du Monde. Et l’observateur le plus intrusif est celui qui s’ignore: c’est un peu comme quand vous prenez une photo avec le soleil dans le dos et que vous ne comprenez pas que l’ombre dans le cadre est la vôtre. Pire: vous le la voyez même plus!

Autre remarque: il n’existe pas pour le journaliste en France de juridiction de ses pairs. La proposition de Jean-Luc Mélenchon à ce sujet a fait long feu et on ne voit rien venir de la part d’un président qui fréquente Jean-Pierre Pernaut. Est-elle vraiment souhaitable? Les journalistes sont divisés sur le sujets.

Pour ce qui est du secret des affaires publiques ou privées, c’est pas gagné puisqu’on fait marche arrière avec LREM

http://www.liberation.fr/france/2018/04/18/secret-des-affaires-la-loi-des-plus-forts_1644343

Terminons sur une boutade: l’équipe rédactionnelle de radio France a-t-elle été consultée  pour la nomination de Sybile Veil issue de la même promotion à l’ENA qu’Emmanuel Macron? (rires) Autrement dit, la Charte de Munich a-t-elle encore cours en France en 2018? La France occupe la 39ème place du Classement mondial de la liberté de la presse établi par Reporters sans frontières en 2017.

L’image se trouve en haute définition en tapant le titre sur Google.

Voici aussi quelques pistes indépendantes pour vous aider hors de cette jungle sous influences:

Reporterre

Le Monde Diplomatique

Mr Mondialisation

Grozeille

Les Economistes Atterrés

Le Vent Se Lève

Basta, média indépendant

Libre Actu

Osons Causer

Le Fil d’Actu

Le Comptoir

La Relève et La Peste

Silence

The Dissident

Magazine NEXUS

Fakir

Kaizen, média indépendant et 100% positif

Le 4ème singe

Le Média

Lutopik Magazine

Les-Crises

Révolution Permanente

Alternatives économiques

Le blog du Yéti

Ça cause... Ça cause... C'est tout qu'est-ce que ça fait... ;)