Cachez ce peuple que je ne saurais voir!

Nous sommes tombés sur un article critique et passionnant: Météo des neiges, télévision de riches, paru dans Frustration et repris par Acrimed.

Il s’appuie sur le Baromètre de la diversité, vague 2013, commandé par le Conseil Supérieur de l’Audiovisuel. Une version 2017 de ce baromètre est disponible en ligne : baromètre 2017.

L’enquête comme l’article de fond montrent clairement que la couleur de peau et la catégorie sociale dans ce qu’on peut voir sur le petit écran ne sont pas du tout représentatives de ce qui se vérifie sur le territoire français.

Sur ce graphique, on compare la véritable population française et sa répartition en catégories socio-professionnelles (colonne de gauche) avec sa représentation à la télévision. Les cadres, les professions libérales et les chefs d’entreprises (9% de la population) sont surreprésentés (60% des personnages, soit plus de 6 fois plus que dans la réalité). Autrement dit, quand vous croisez un patron ou un toubib en bas de chez vous, vous en croisez 6 à la télé.

La France des cols blancs

Sans défendre « Plus Belle la Vie » (on est loin de Ken Loach), faut quand même reconnaitre qu’on y voit un peu plus de « vrais gens » que dans « Fais pas ci, fais pas ça » ou « Une famille formidable ». On est pourtant encore loin du compte.

A lire: petite étude sur la sociologie de « Plus Belle la Vie »

Mais la fiction n’est pas la plus mal lotie: l’information et le divertissement y sont littéralement squattés par la bourgeoisie et le microcosme parisiannissimo-libéral. Plus généralement, les producteurs du contenu télévisuel sont très largement issus de milieux privilégiés et ne sont pas enclins à scier la branche sociale sur laquelle ils ont poussé. C’est le principe même de l’idéologie: la préservation de l’organisation sociale en l’état (l’État ne s’appelle pas ainsi par hasard) par des agents (en civil) pour la plupart inconscients de leur mission (les citoyens lambda, hé oui!). Tiens, par exemple, le centenaire de l’armistice de 1918 va encore être un festival de bonnes intentions et d’idioties en tous genres. Et il ne va pas s’agir de décoller Charlie du soldat inconnu!

Depuis que la télé existe, la bourgeoisie domine très largement l’espace médiatique: l’hégémonie actuelle, si elle n’est pas nouvelle, prend toutefois des proportions plus qu’inquiétantes puisque la caste au pouvoir aimerait prendre le contrôle du net. (Nombreux interviews sur Thinkerview)

Arrêtons de nous prendre pour des cons

Rien de bien nouveau en somme. Tout pouvoir vise à se pérenniser et à s’étendre. Il a aujourd’hui en France le visage d’un capitalisme froid et calculateur maniant la comm’ et le divertissement mais tenant du politiquement correct et de la bien-pensance. La télévision participe à son plan de représentation faussée du réel.

Son mode de fonctionnement est celui de la propagande qui ne paraitra subtil qu’au spectateur hypnotisé et, osons ce marxisme malgré le week-ed, aliéné. C’est du soft power au goutte à goutte: le spectateur a devant les yeux un monde où les chômeurs et les ouvriers sont invisibles et quand on les voit, ils ne donnent pas envie. Bref, la France qui s’en sort bien apparait comme la norme et celle qui en chie passe à la trappe. Si tu es dans la deuxième catégorie, c’est que tu n’as pas fait ce qu’il faut. C’est Christophe Barbier qui le dit!

Pourtant, avec un petit peu d’éducation pop‘, l’esprit critique a tôt fait de rectifier le point de vue. Pas la peine d’entrer dans les théories du complot mais tout de même! On nous prend pour des billes, non? La télévision ne reflète pas la réalité, elle en reflète la vision du pouvoir en place, celle qu’il veut nous imposer pour qu’on se tienne tranquille. A l’insu de notre plein gré… Alors, il est toujours temps de ne pas la regarder! A bon entendeur, ça urge!

Ça cause... Ça cause... C'est tout qu'est-ce que ça fait... ;)