Trop longtemps qu’on se fout de notre gueule

Pour obtenir notre adhésion, l’hégémonie libérale nous berne à longueur de journée. Elle nous distille continuellement sa vision erronée de la condition humaine et de la conjoncture. Le tout enrobé dans du spectacle, du divertissement et de la diversion. Retour express sur des décennies d’intox et de diversion.

Dans leurs médias, le venin

La philosophie libérale se résume en une série de croyances pas faciles à contredire tellement on nous y a habitués.

L’homme nait libre, c’est l’Etat qui l’entrave.

Chacun est maitre de son destin! Que le meilleur gagne!

C’est en travaillant qu’on devient riche. Il n’y a pas d’alternative au libéralisme. Rembourser ses dettes, c’est s’enrichir.

Un état se gère comme une entreprise. L’austérité est le seul moyen de faire reculer la dette publique.

La consommation relancera l’économie. Produire moins cher, c’est être compétitif.

Peu importe ce que l’on produit pourvu que ça se vende! Le marché ajuste automatiquement l’offre et la demande.

Le travail est une charge pour le capital.

Le bonheur est dans la propriété.

L’homme est un prédateur naturel pour l’homme. Et avec la femme, il est encore pire.

Mais il faut être réaliste!

Toutes ces balivernes sont continuellement ressassées et déclinées à toutes les sauces: radio, télé, web, pub, presse, cinéma, école, la propagande libérale est partout… et quand elle ne nous remplit pas la tête, elle nous vide le crâne avec des loisirs abrutissants, des faits divers sensationnels et des scandales sans lendemain.

Et elle le fait insidieusement et avec constance, grâce aux médias de masse puisqu’ils appartiennent à ceux qui produisent ce qu’on veut nous faire croire, désirer, consommer, payer, sans oublier de nous faire dire merci à ceux qui nous volent notre temps pour produire toute cette merde. Le pire, c’est que ceux qui véhiculent ce discours de l’évident, du faux et du vide sont la plupart du temps de bonne foi.

Le p’tit Grégory est aussi coupable

Le dégoût et la colère que peuvent inspirer les faits divers glauques nourrissent une vision noire de la société et des hommes. #balancetonporc tombe à pic pour diviser ceux qui feraient bien de s’unir contre les vrais prédateurs. Le machisme fait affaire avec le capitalisme. Le porno n’est pas produit par de gentilles coopératives. Pas plus que la danse des canards, Hanouna et les Pokémons. L’industrie de la diversion culturelle marche main dans la main avec l’accaparement des décisions par une classe dominante qui se donne le beau rôle aux yeux des milliards de badauds qui gobent leurs conneries.

Cette propagande s’insinue partout et c’est là sa force. Elle se glisse où on ne l’attend pas et où on est donc le plus vulnérable. Cela fait plus de 30 ans que le grand récit du capitalisme triomphant coule ainsi dans nos médias sans coup férir mais avec une efficacité redoutable.

Autant dire que les gens de mon âge (53 ans) trempent dedans depuis leur adolescence car ne rêvons pas, tout le monde n’a pas été punk en 76, trotskiste ou militant anti-nucléaire. Non! la grande majorité des jeunes de ces années-là se trémoussaient sur du hard discount ou de la disco light en beuglant an-ti-so-cial ou Manureva sans bien comprendre de quoi il s’agissait tout en découvrant le Quick, NRJ et Star Wars. On a eu le sursaut de 1981 mais la grande majorité des Français se sont laissés berner par le discours ambiant qui a suivi le virage de 83. Le collectivisme se cassait la gueule derrière le rideau de fer et il fallait bien se rendre à l’évidence du marché: le capitalisme était le plus fort. Pire, il allait devenir naturel. Et en plus, il était conseillé de s’en réjouir au nom de la liberté et d’en profiter.

Overdose normolibérale

La société française baigne donc dans un discours libéral depuis plus de 35 ans. Plutôt retors à toute forme d’autorité, j’ai comme beaucoup de jeunes à l’époque vu l’Etat comme un oppresseur, les syndicats comme des grincheux ringards et finalement le fric comme un moyen de dire merde à tous ces chieurs, le bourgeois, le fonctionnaire et l’épicier de la banque.

C’est cet anarchisme de droite qui a influencé bon nombre de jeunes intellos des années 80 et lorgnant vers Bukowski, Jean Yanne, Bowie, Richard Branson, Clint Eastwood, Desproges ou même Coluche. On ne voulait pas entendre parler de politique et on ne comprenait pas grand chose à l’économie. La classe moyenne vivait hors de la ZUP et en se bougeant le cul, on pouvait faire suffisamment de fric pour qu’on nous foute la paix. Seuls les « prolls » comme on surnommait les pauvres n’y arrivaient pas et c’étaient tant pis pour eux. Ils servaient à une seule chose: nous faire peur… pour ne jamais avoir à leur ressembler.

Des paillettes des eighties au strass de LVMH, on a donc dégusté du clinquant, de la successful story et de la culture tape à l’oeil. Un vrai lavage de cerveau en fait! Les Américains libérateurs avait commencé après-guerre avec le soft power, Hollywood et la Quatrième Dimension. Puis Coca Cola, Dallas et Madonna ont pris le relais. En France, des petits malins ont chopé le témoin: Attali, BHL, Bouvard, Sinclair, Tapie, Ruquier, Berne, Poivre d’Arvor, Ockrent, Ardisson, et toute cette ribambelle de faux penseurs qui gravitent autour des politiques qui eux-mêmes tournent autour des gros bonnets de la finance. Si à 50 ans, tu n’as pas ta Rolex… c’est du Séguéla et ce type rôde dans le coin depuis Mitterrand et sa campagne de la force tranquille qui semblait pourtant aller dans le sens inverse…

On s’est fait berner… en regardant Le Grand Bleu

Ce qu’il faut retenir, c’est que les représentations du monde autour de nous sont construites sur un modèle de réussite capitaliste, n’ayons pas peur du gros mot. Ça semble énorme mais sans tomber dans le plus c’est gros plus ça passe de Goebbels, on peut dire qu’à force de décliner un mensonge monstrueux sous toutes ses formes, on finit par en être imprégné.

L’argent et le pouvoir ne font peut-être pas le bonheur mais il vaut mieux en avoir beaucoup et tous les moyens légaux (c’est à dire pas interdits) sont bons pour cela.

Même si l’on sait que la différence entre un riche et un super-riche, c’est le vol, le milliardaire reste un sujet de déférence. Dans les médias, c’est normal: c’est lui le patron. Mais dans l’imaginaire collectif, on pense plutôt à eux comme des self-made men méritants que comme des accumulateurs sans scrupules, ce qu’ils sont pourtant.

Luc Besson est un cas d’école de cette promotion sociale à tous prix contre les critiques, les gens du métier et les envieux. Mais le lascar est futé et il en joue à merveille pour finalement mieux blouser son public et faire de la thune. Dommage Le Dernier Combat, son premier film, est un petit chef d’oeuvre. Mais Besson rêve de gloire, pas de bon cinéma.

Bill Gates lui aussi a bien vendu son image d’entrepreneur génial, et maintenant de philanthrope, tout en veillant à masquer tous les projets prometteurs qu’il a tués dans l’oeuf en rachetant des start-up. On idolâtrait Steve Jobs et Apple qui ne paie pas ses impôts malgré des ordinateurs qui coûtent une blinde. Mais qui connait Richard Stallman (GNU, copyleft, et soutien de Mélenchon 2017)?

Blindée dès sa naissance, Paris Hilton fait ses premières apparitions comme mannequin dans plusieurs événements de charité. À 19 ans, elle signe avec l’agence de Donald Trump, T Management. Son physique sert dans des pubs pour Iceberg Vodka, Guess, Dior, Puma ou Longchamp. Cette délicieuse décervelée pèse aujourd’hui 100 millions de dollars et sait soigner son image CLIC quand elle ne conduit pas bourrée.

Bono est la pop star la plus riche du monde non pas grâce à sa voix mais à cause de ses parts dans l’entreprise Facebook. Mais il est également très célèbre pour mettre sa notoriété au service de causes telles que la lutte contre la faim, la pauvreté ou le SIDA. Le chanteur de U2 fait pourtant tout son possible pour payer le moins d’impôts possible. In the name of love, I presume… Et là encore, il est très fort.

Des Saint-Bernards à ne plus suivre

A force de nous montrer que la réussite est toujours liée à l’argent, le loto, la télé-réalité et les jeux olympiques sont devenus le dernier espoir pour les nuls. Avec à peine plus de talent, des chanteurs, des footballeurs ou des acteurs, et tous les commerciaux parasites qui gravitent autour, font leur blé sur le dos du grand public: achetez tous la même chose et nous deviendrons riches.

Bernard Madoff, un escroc hors norme, jouit toujours d’une grande popularité en taule. CLIC Bernard Arnault et Bernard Tapie arnaquent le trésor public sous nos applaudissements. Mais qui sait que le génialissime Bernard Menez a un site officiel? 

Les traders, les banquiers et les actionnaires sont les plus gros parasites du monde et les gouvernements les encouragent dans leurs activités coupables. A moins que ça ne soit le contraire. Et nous on regarde passer la caravane et on paye les pots cassés.

Et les médias nous bombardent de ces histoires de cul qui brillent, de grosses cylindrées rutilantes, de liaisons sulfureuses et de divorces fracassants de tout ce joli monde de multimillionnaires décadents et idiots. Une société d’hommes et de femmes d’affaires juteuses qui se foutent ouvertement de notre gueule. Une bande de dégénérés sociaux qui s’exhibent devant les caméras faute de pouvoir se donner encore en exemple sinon pour l’évasion fiscale, les frasques sexuelles ou les cures de désintoxication.

Avec une Mère Teresa par ci et un Abbé Pierre par là pour nous rappeler de donner pour le Téléthon.

Il est grand temps de changer de point de vue et d’image du monde.

Ils se gavent… mais ils nous gavent.

Regardons ailleurs!

Ça cause... Ça cause... C'est tout qu'est-ce que ça fait... ;)