Militer, c’est bon pour la santé mentale!

Ce que je redoute dans le militantisme, c’est l’ennui. Les boîtages surtout, ces distributions de tracts dans les boites aux lettres. Les portes qui ne s’ouvrent pas, les boites déjà pleines, les tracts trop légers, trop longs, trop sérieux, que nous mêmes on ne lit pas. Il a fallu en passer par là pour les élections. Pour ma part, c’est fini.

Mais j’ai découvert le collage de nuit et là, quand tu tombes sur la bonne équipe, c’est de la balle.

Pour le main à main, il suffit d’un bon partenaire. A 6h00 du mat, à la gare, faut pas espérer être 50 à distribuer. Les gens foncent pour ne pas rater leur train. Ils ont les mains pleines. Pas envie de s’encombrer d’un papier froissé. Ou tout simplement ils détestent MélAnchon et te regardent comme si tu puais le rance.

Ça passe mieux en souriant !

Pourtant, avec un brin de détachement et un minimum d’élégance ou d’humour, une formule du genre « avec les compliments de la maison insoumise » ou « en vous souhaitant une belle journée », on finit par oublier le tract et c’est le petit moment de contact qui fait la différence. Une info pour un meeting, un argument ou deux, et surtout une formule qui va bien et hop, le tour est joué. Enfin… jusqu’à ce que la personne retombe sur le tract dans le train.

On devrait pouvoir être fier du tract qu’on distribue: on l’a parfois fait par défaut, presqu’en s’excusant que c’était un peu longuet, recto verso. Ça vous fera de la lecture dans le train. Laissez-le trainer sur la banquette! Maintenant qu’il n’y a plus les élections, ça risque d’être pire. Faut des tracts qui accrochent! On n’est plus à courir après les indécis et les tièdes: on veut marquer les esprits!

Histoire d’occuper le terrain, les Fi collés sur les colonnes Morris étaient plus funky. Funky dans mon jargon, ça veut dire voyant, flash, rigolo et style à la fois. Faudrait songer à franciser le concept. La tête de Méluche avec la force du peuple au-dessus? OK mais celle avec les candidats locaux était trop ringarde et trop Vème république. On n’en peut plus de ce régime à la tête de client.

Les affiches thématiques étaient plus pédagogiques et colorées. Les formules étaient courtes et éloquentes. Elles ont eu de l’impact. 

 

Là où on a pris notre pied, c’est avec le pochoir à Fi. Peinture à la bombe sur la tronche du candidat d’en face. Ça a d’ailleurs été perçu comme agressif! Provocateur! Photo au flash sur les réseaux sociaux et l’affaire était sur la toile.

On était pas toujours maitre des slogans. Résistance, ça sonnait bien! Mais c’était un peu court! La musique de campagne était géniale. Il a manqué une chanson fédératrice en dehors des hymnes.

Mais là où la Fi a fait fort, c’est dans toute les manifs impromptues, les apéros citoyens, les animations de rue, les vans décorés, la caravane insoumise. Dernièrement pour les casserolades, à Dole, on était six mais on a eu de la visibilité avec la « drive in manif ». Le principe est celui du ciné de plein air à l’américaine: vous vous placez à un emplacement stratégique de la circulation automobile (un îlot à un carrefour) et les voitures passent autour de vous. Certains klaxonnent. Avec des pancartes et des slogans bien tournés, ça a de l’impact.

Maintenant qu’on n’est plus en période électorale, qu’on est dans la contestation frontale et que les passions sont un peu retombées même si la colère gronde, il faut trouver les angles pour avoir un impact.

L’agit’prop’ doit faire son retour.

On a le programme. On connait l’adversaire. Il va falloir trouver des formules et des slogans. Sans oublier de se faire plaisir.

 

Y a des réunions politiques et des meetings où on va à reculons en regardant son portable. Et puis il y a des rendez-vous mensuels avec mon groupe d’action. E là, c’est nettement plus fun. Ça n’empêche pas d’avancer! Les gens sont moroses et ils se résignent déjà à l’insupportable: Noël avec une amputation du pouvoir d’achat. Les ultralibéraux et les fachos sont de sombres crétins réactionnaires et cyniques. A nous de leur montrer que les insoumis ont l’humour et l’espoir avec eux! L’avenir en commun et l’envie de rire! A nous de préparer des actions inédites où la déconnade a sa place aux côtés du droit et de la justice sociale. De mai 68, j’ai retenu l’extraordinaire explosion créative et le sens de la déconne. On ne réveillera pas les consciences avec du catéchisme et des discours.

        

Avec la Fi, on a retrouvé le plaisir de militer. Ne le perdons pas!

Ça cause... Ça cause... C'est tout qu'est-ce que ça fait... ;)