Le journalisme gonzo est un humanisme

« Le journalisme gonzo est au reportage, ce que la conférence gesticulée est à la communication ex cathedra. » André Burtch, La Quatrième Colonne, 2015

La plupart des gens baillent ou se sauvent dès qu’on parle économie, politique ou ethnologie. Alors que c’est d’eux qu’on leur parle. Ils préfèrent discutailler pipeaules, catastrophes ou faits divers. Alors que ça les concerne pas vraiment et que c’est bidouillé par les vrais patrons de la presse et les milliardaires des télés pour ne pas que la plèbe hypnotisée vienne réclamer des comptes.

Gonzo, toute une histoire!

On vous passe l’affaire Hunter Stockton Thompson, le véritable inventeur du concept gonzo. Ma version à moi a été tournée à la rédaction du Marin en 1991. Le Marin, c’était et d’ailleurs c’est toujours, un hebdomadaire qui comme son nom l’indique traite de tout ce qui a trait à la mer et à ceux qui en vivent, hormis les voileux. J’en ai retenu les noms de Bolloré, Exxon Valdes, Dockers CGT et Louis-Dreyfus. Bref, c’était un journal sérieux et lu de la hune à la cale par les mecs qui se faisaient chier en mer car il faut bien le dire, il arrive qu’assez souvent, on s’emmerde ferme au large.

J’étais un secrétaire de rédaction tout frais, totalement incompétent et notamment responsable des pages froides, la partie magazine, et en particulier la rubrique Ecume et Court-Bouillon, la recette de la semaine, un article que les femmes de tous les ports de France dévoraient littéralement, et pas qu’elles.

Quelques semaines après mon arrivée dans ce milieu plutôt rude, c’est pas l’enfer du chalutier mais c’est gros temps en période de bouclage, je colle une légende sous la photo du poisson du jour, un jeu de mots rigolo mais sans prétention. Or, le scribouillard gastronomique se pointe le vendredi de la parution. En pétard, le grand chauve! Jamais en 30 ans de canard, on lui avait fait un coup pareil. Il file droit chez le rédac chef, je me souviens qu’il s’appelait Claude Tarin, un communiste rouquin qui avait dirigé Pif Gadget, un vieux lunatique plutôt soupe au lait mais qui m’avait engagé au premier regard! Il te calme l’autre furieux en deux mots! Je sais pas exactement ce qui s’est dit dans le bureau fermé mais le GéPé est ressorti sans broncher, ça me revient, Georges Dorer de son vrai nom, bref, j’avais dû mettre la dorade à dorer sous la photo (voir annexe), sans même savoir à cause du pseudo, et Tarin était tordu de rire, Tarin et toute la rédaction, et puis la blague a circulé partout dans Ouest-France, le long de la Manche et sur les bords de l’Atlantique, du détroit de Béring au Cap Horn.

Pendant plus d’un an ensuite, j’ai donc eu le privilège d’avoir mon espace à moi, une légende, soit peu de mots pour entrer dedans. C’était presque rien mais j’avais toute latitude pour écrire n’importe quoi. Je m’en suis pas privé et je suis devenu plus ou moins copain avec Dorer qui puait toutefois autant de la gueule qu’un cachalot. Lui aussi avait fini par comprendre ce qu’on s’apportait mutuellement. Au coeur de sa rubrique, y avait la seule touche de folie de ce journal vraiment top question professionnalisme. On déconne pas des masses dans la marmar et encore moins quand on remonte le chalut, surtout que c’était l’époque où on se tirait dessus avec les Espagnols pour des histoires d’anchois.

Reprenez la parole!

Je suis en train de me rendre compte que ça n’a plus grand chose à voir avec notre propos du jour mais comme le préconise Franck Lepage et Le Pavé, et l’Ardeur depuis, l’important, c’est de partir de sa propre expérience pour élaborer une conférence gesticulée. L’essentiel, c’est de se raconter et le verbe libéré débute par soi-même, en se donnant le droit de se dire et de prendre la parole pour dire ce qu’on a dans la tête et sur le coeur depuis des lustres.

Dans le reportage gonzo, le rédacteur ne tend pas à l’objectivité. Bon, pas nécessaire non plus d’être dans l’hyper-subjectivité. L’idée, c’est surtout de faire circuler l’affect. L’émotion à travers le témoignage. Simple, bien senti, avec une lichée de second degré, éventuellement drôle et du coup, efficace.

Comme on fait dans le court, l’affect peut jouer l’accroche, le rôle de l’appât pour rester dans le poisson! Tiens, là, au-dessus, c’est Gonzo. Tous les quinquas autour de mon âge connaissent Gonzo, le trompettiste looser du Muppet Show. Ça les rapproche d’un truc familier, les gens. On les branche ensuite sur ce journaliste américain déjanté (la minute culture pop! qu’on peut zapper) et hop, un retour d’expérience pas banal (mais ça peut l’être aussi!) et pour finir l’analogie sur la conférence gesticulée et finalement ce qu’on a envie de partager. Chtak!

Retour sur expérience

Le site des insoumis de la Plaine est un lieu public. Pour l’instant, question rédacteurs, y a les habitués! Et puis, ça a déjà fonctionné deux fois avec des jeunes, des novices qui font leurs armes. Je raffûte dès que je peux. Mais tout le monde hésite. Faut dire que c’est pas facile de s’octroyer la légitimité, de se raconter pour permettre à d’autres de s’approprier leur propre histoire et de la restituer par écrit.

Je rédige tous les jours de la copie impersonnelle pour la PQR, en évitant d’être trop remarquable dans ma prose parce que justement on apprend dans les écoles de journalisme (j’y suis pas allé!) que l’objectivité passe par des phrases courtes et des tournures efficaces.

Range ton style, Don Quichotte, ton panache et tes références! Rentre dans le moule de l’information formatée (il existe déjà des robots pour pisser des papiers à la rame) et n’en fais pas trop dans les titres. De toute façon, ton premier lecteur, c’est le SR (secrétaire de rédaction), et c’est pas forcément, San Antonio, ton collègue! Mais là, ce qu’on aimerait chez les insoumis de la Plaine, c’est que ça se lise. Dans tous les sens du terme!

Et pour ça se lise, il faut du vécu, qu’on soit dedans, qu’il y ait un point de vue, de l’humain, de la vie, quoi! Ras le cul de la langue de bois journalistique au ras des pâquerette et sa litanie de nouvelles sans intérêt ni portée, d’analyses à la petite semaine et d’opinions qui ne font pas de vagues. La vérité, ça se fabrique et celle de la rédaction d’un journal mainstream est la vision de celui qui finance et des annonceurs. Faut pas se voiler la face! Les pseudo-scandales sont là pour faire vendre du papier.

« Il y a deux sortes de journalistes: les porte-flingues de la classe dominante et ceux qui creusent. Nous, on creuse! » Andreï Burtch, La Quatrième Colonne, 2015.

Les blogs et les sites indépendants n’ont rien à vendre, eux, c’est déjà ça. C’est pour autant qu’il faut leur faire confiance mais la démarche en elle-même est intéressante. Le site des insoumis de la Plaine se met à la disposition de ceux qui veulent s’exprimer. Peut-être pas juste un coup de gueule, encore que! Mais pour ça, y a les réseaux sociaux. Mais ils ne sont jamais qu’une vitrine, l’article est à l’intérieur pour ceux qui creusent et qui ne sont pas simplement des porte-flingues. Disons que le site s’adresse plutôt à ceux qui se risqueraient bien à traiter d’un sujet qui gratte et qui les démange mais qui n’osent pas parce que… parce que quoi au juste?

Voilà qui pourrait faire un excellent sujet d’article.

« Ce qui légitime une prise de parole, c’est la valeur ajoutée et c’est celui qui reçoit la première qui peut mesure la seconde.» Andrew Burtch, La Quatrième Colonne, 2015.

La France insoumise a remis le tirage au sort à l’ordre du jour de la démocratie. L’idée, c’est que tout le monde a quelque chose à apporter et que ce ne soit pas toujours les mêmes. Le meilleur moyen de couper le sifflet à ceux qui nous polluent les oreilles depuis trop longtemps, c’est de parler à leur place. Le Média se met en place, on a souscrit mais il ne faut pas tout attendre de Paris.

En ce moment, l’un des membres de notre groupe d’action (c’est nouveau, ça vient de sortir!) s’y est collé, au journalisme gonzo. Faites donc un tour sur Parlons peu, Parlons EU, y a du frais.

A Dole, le Miradole ne demande qu’à parler de vous et ses interviews sont de grands moments de « vacance intellectuelle ».

Via la page Facebook des insoumis de la Plaine, nous relayons beaucoup de blogs indépendants et de journaux alternatifs.

Sinon pour le site lui-même, n’hésitez pas à nous contacter. L’appel à publications est toujours d’actu! On est prêt à bosser avec vous, des coups que vous auriez quelque chose de coincé sous le clavier.

goreland@hotmail.fr

ANNEXE

Ça cause... Ça cause... C'est tout qu'est-ce que ça fait... ;)