Seuls les pigeons ne connaissent pas les frontières

Mardi 17 octobre, lors de la petite cérémonie organisée par le Comité du 17 octobre et ATD Quart Monde pour refuser la misère, le maire de Dole a prononcé ces assertions au détour de son allocution:

« Le monde n’est pas suffisamment organisé pour qu’on puisse lutter efficacement contre la misère. Il y a encore trop de frontières. »

Phrases anodines (?) et bienveillantes qui n’ont soulevé que notre émoi à nous tant les libéraux nous ont habitués à ce genre de petites affirmations qui, mine de rien, font leur chemin dans les cerveaux les moins rétifs. Il n’est plus de bon ton au XXIème siècle de défendre les frontières ni entre les pays ni entre les classes. D’un côté, c’est l’Europe du libre-échange, du plombier polonais et des capitaux apatrides; de l’autre, c’est l’abolition de la lutte des classes (avec un ascenseur social pourtant en panne!). Et on vous passe les histoires de générations aplanies.

Frontières statutaires

Les historiens, les sociologues et les Yougoslaves nous ont pourtant appris que les frontières sont arbitraires et contingentes, et par conséquent vouées à bouger. Autrement dit, le principe même de la frontière est inscrit dans l’être humain, et celui qui veut partager doit toujours la franchir. C’est paradoxal mais c’est humain: il faut savoir où on est pour ne pas être partout et finalement nulle part. Il faut savoir ce qu’on est pour savoir ce qu’on n’est pas et contre quoi on se pose, et éventuellement devenir autre chose. Changer et échanger, c’est franchir une frontière qu’on aura définie.

Pas de jeux sans frontières

L’internationale libérale au pouvoir veut faire croire aux pauvres (et à tous les salariés) qu’il y a encore trop de frontières entre les prolos du monde entier. Et oui, comme on les prend pour des ressources humaines (comprenez matière première salariale), les douanes sont de trop! Circulez, y a du pognon à se faire! Sur le plan social, la caste aux commandes peut faire dire ce qu’elle veut à ses sous-fifres… Vu ce qu’elle fait, ce n’est plus une frontière qu’elle trace, c’est un rempart qu’elle construit, un gouffre qu’elle creuse! Profiteurs ou partageux, il faut choisir son camp! Le ventre mou n’est plus de saison!

Ça cause... Ça cause... C'est tout qu'est-ce que ça fait... ;)