Prise de tête sur les APL

La baisse de 5 € de l’Aide personnalisée au logement (APL) a déclenché un joli tollé. Mais le gouvernement d’Edouard Philippe ne compte pas s’arrêter en si bon chemin. On parle d’une réduction de 50 à 60 € par mois pour les HLM. Et comme c’est un TOC (pour « trouble obsessionnel compulsif », le truc gênant qu’on ne peut s’empêcher de faire, et refaire, et refaire…) chez les libéraux, le gouvernement s’appuie sur des idées tordues.

Idées savamment propagées, et pas toujours faciles à déloger de la tête du grand public. D’où ce petit topo.

Qui encaisse?

L’Etat consacre aux APL la même proportion de PIB depuis 1996. Le PIB est grosso modo la somme de toute la valeur ajoutée à l’échelon national, autrement dit la richesse créée. Comme le PIB a augmenté en 20 ans, et même beaucoup, la somme consacrée aux aides a bondi elle aussi.

Mais dans le même temps, les locataires français consacrent plus d’argent à leur loyer (de 16,8 à 18,6% de la consommation des ménages) et de plus en plus de gens ont droit à l’allocation. Qu’ils aient droit à une allocation, c’est bien. Qu’ils soient plus nombreux, ce n’est pas bon signe. C’est assez logiquement que la population s’appauvrit.

Pour ceux qui kiffent les stats… c’est ici.

En définitive, l’argent finit toujours (et de plus en plus) dans la poche des bailleurs (les propriétaires qui louent) sans que ça coûte plus à l’État. Les dindons de la farce, ce sont donc les locataires. Ceux-là même qu’on accuse de coûter cher à la collectivité et à qui on sucre 5 euros d’alloc’. Alors que ça fait 20 ans que le pourcentage de PIB consacré aux APL n’a pas bougé…

Où passe le fric?

Que ce soit clair : c’est parce que les loyers sont trop élevés que les APL sont nécessaires! C’est en fait un coup de pouce aux revenus trop justes pour pouvoir payer seuls la rente des propriétaires-bailleurs. Si la collectivité doit mettre la main à la poche, c’est qu’ils demandent trop par rapport à ce que les locataires gagnent. Et ça c’est assez cocasse : la loi du marché voudrait que les loyers baissent s’ils sont trop chers pour les habitants, mais artificiellement, grâce aux APL, c’est l’État, donc les impôts, qui compense. 

On pourrait donc parler d’ « aide pour le loueur »…

Le calcul de l’APL prend pas mal de critères en compte. Certains la touchent sans doute alors qu’ils auraient les moyens de s’en passer. Le système est donc à revoir… mais en profondeur, pas en rabiotant 5 euros en douce… pour que ceux qui en ont vraiment besoin en profitent mieux.

Et puisqu’on parle de profiteurs, on n’a pas beaucoup entendu râler les propriétaires lorsque Président Macron leur a demandé de baisser les loyers de 5 euros: on peut même les soupçonner d’avoir pouffé en silence.

Des gagne-petit

Parmi les propriétaires qui se plaignent, il y a souvent ceux qui font rembourser leur emprunt à la banque par leurs locataires : le loyer sert en effet à payer les traites et l’emprunteur acquiert son bien immobilier aux dépends d’un à qui la banque ne donne pas les moyens de devenir propriétaire de son logement. Ça se fait aussi sur le dos de la collectivité s’il touche une APL. 

Sans trop transpirer à l’ouvrage, les propriétaires-emprunteurs s’enrichissent via la pierre, et la spéculation qu’alimentent les agents immobiliers pour augmenter leur pourcentage. Ça, on ne  nous le dit pas assez souvent. En effet, l’agent immobilier touche une commission sur le prix du bien, donc plus le bien se vend cher… Du coup… Enfin vous voyez, quoi.

D’un autre côté, les APL sont des aides très efficaces pour ceux qui les perçoivent. Outre l’aspect financier, elles tranquillisent le propriétaire qui, de plus en plus souvent, capte directement la manne financière.

On ne peut pas lui en vouloir. Même si, dans le fond, c’est quand même pas très cool.

Il faut bien vivre!

Et on ne peut pas non plus compter sur son bon coeur pour baisser le loyer :

Qu’est-ce qu’on va s’emmerder à signer un autre bail pour 5 euros? On verra ça à la prochaine augmentation plutôt, hein!

Tous les propriétaires ne sont pourtant pas d’avides profiteurs. Non, certains sont des bailleurs sociaux, les organismes HLM.  Seuls 10 milliards d’euros bénéficient aux bailleurs privés sur les 18 milliards d’APL. Il reste donc tout de même 8 milliards qui tombent donc dans l’escarcelle des bailleurs sociaux. Et c’est de ce côté-là que pourrait venir la solution…

Si tant est qu’on veuille en trouver une.

Car le gouvernement d’Edouard Philippe voudrait baisser les APL des locataires de HLM de 50 à 60 euros et obliger les bailleurs sociaux à baisser les loyers d’autant. Sauf que les loyers versés sont destinés à la rénovation ou à la construction de HLM. LEs deux étant bien nécessaires en ce moment… Mais si les ressources à investir baissent, et bien on va…

Droit dans le mur!

Un vaste plan d’investissement dans l’immobilier collectif dans les zones qui en manquent permettrait pourtant d’encadrer les loyers : les bailleurs sociaux pourraient ainsi augmenter l’offre de logement, proposer des loyers toujours plus modérés et obliger les autres propriétaires à aligner les leurs.

Ce serait par conséquent un moyen détourné de la part du gouvernement d’obtenir, sans exiger, une réduction des loyers de la part de sa propre clientèle électorale. Une solution pas très libérale qui aurait fait sourire feu Bernard Maris.

Mais il faut compter au moins 3 ans avant de loger un nombre significatif de gens. Et d’ici là, il faut gérer avec les APL à moins de jeter les mauvais payeurs à la rue. En diminuant par conséquent les APL, c’est sûr qu’on va dans le mur!

 

Et si en plus, l’Etat plombe les investissements, on ne foncera pas dans le mur : y’en n’aura même plus!

 

A consulter un article complet mais compact d’Alternatives Economiques.

 Et nos amis d’Osons Causer se sont aussi intéressés au problème.

Ça cause... Ça cause... C'est tout qu'est-ce que ça fait... ;)