Insoumis, adolescents et casse-couilles

L’homme n’est jamais définitivement assujetti à une condition sociale.

Il peut toujours changer sa raie de côté et même troquer ses westons pour une paire de santiags…

Non, non, je déconne… Ah et bonjour, au fait.

Tu seras autonome, mon(a) fil(le)s!

Si le sujet de sa Majesté lui est justement assujetti de naissance, pour la théorie de la médiation, le sujet est un animal autonome. Un animal capable de subvenir à ses propres besoins. Le petit de l’animal cesse d’être le petit quand il peut se nourrir lui-même, commence à faire fonctionner tous ses organes et donc assurer la pérennité de l’espèce.

Mais pas question pour lui de mettre en cause l’organisation naturelle. Même si les mâles se mettent une peignée à la saison des amours.

Chez l’homme, cette période de transition entre l’enfant et la maturité, c’est la puberté ou l’adolescence. 

Nénés, poils au menton et rébellion

L’adolescent vit sa puberté plus ou moins sereinement. Il pousse comme les poils au pied de l’asperge… La sexualité le travaille au corps… Les boutons ne lui laissent guère de répit… Mais l’adolescence est aussi le passage de l’état de sujet à la condition humaine. Je ne sais pas trop ce que Malraux mettait derrière cette expression, mais pour nous, c’est l’accès au dernier volet de la culture: le plan social.

Le jeune en crise de croissance se définit alors par opposition à tout ce qui n’est pas lui : l’ado s’affirme et se crée une identité en s’opposant un peu à tout ce qui l’entoure. Sans s’en rendre compte, en répondant à une nécessité intérieure qui lui échappe, il se construit donc en marquant sa différence. C’est le choc frontal avec les parents, les profs, le monde des adultes en général. 

Haro sur le bahut! Sus aux keufs!

Ce système contre lequel se retourne l’ado, appelons-le la tradition, la convention ou encore l’habitus. C’est l’ensemble des pratiques sociales et des institutions établies. Pour les ados, ça va du lycée aux flics, en passant par les bonnes manières et la coupe de cheveux, traverser dans les clous et manger aux heures des repas.

La tradition est donc plus vaste encore que l’État. Elle s’immisce dans tous les recoins de la vie sociale ou privée. De la manière de lacer ses chaussures (ou pas) à la façon de concevoir la réussite (ou pas). 

Après le langage, le bricolage et la volonté, voilà que l’humain à l’issue de son adolescence est appelé à gérer son existence, à dessiner lui-même son être et son destin. Jusqu’alors en tant qu’enfant, il était dépendant de ses parents ou éducateurs, inscrit dans la tradition familiale et dans la coutume du milieu. Adulte, son identité sociale lui appartient. Il s’établit par l’intermédiaire de cette nouvelle faculté qu’il vient d’acquérir. Selon la terminologie de Jean Gagnepain, son nom est personne.

Grandes gueules et groupies

D’un côté, l’adolescent est donc un rebelle chronique. Il rejette tout ce qu’il a accepté sans rien dire jusque-là. Il s’affirme envers et contre tout.

De l’autre, il adhère de manière inconditionnelle à un groupe dans lequel il se fond, à une tribu vestimentaire, au fan club d’Iron Maiden ou à l’équipe de foot du quartier. Il se cherche et il se trouve… au mieux des idéaux, au pire des idoles. Souvent il mélange les deux.

C’est le mauvais procès que les honnêtes gens font à la France insoumise. Sous l’emprise de leur gourou Mélenchon, les Méluchards ne seraient que des fanatiques, parlant fort et refusant le dialogue et l’unité pour mieux semer le chaos. Exemple frontiste ici.

Les honnêtes gens ne firent pas autrement avec les Communards, les discréditant avant de les faire massacrer au nom de l’ordre et des bonnes mœurs. 

Bienséance bourgeoise

Face aux voix polies, doucereuses et volontairement lénifiantes des Marcheurs, des Énarques et de François Lenglet (encore et toujours lui), difficile de ne pas passer pour un gavroche braillard et turbulent. La rue est aussi irresponsable qu’elle fait du bruit, selon le gouvernement libéral. Le peuple veut tout casser sous l’action de quelques meneurs, selon la préfecture. C’est un déni de démocratie que de coller des affiches sur les nôtres, selon les Républicains du crû.

Tout va bien.

Un exemple d’actualité qui a alimenté les gazettes: les députés mettent traditionnellement des cravates, symbole de sérieux et de notabilité au cœur de notre hémicycle d’opérette. La FI vient le col ouvert avec des boites de conserve et de bonnes formules et… fait beugler les conservateurs pour une fois indignés par les mœurs irrespectueuses de ces sauvages. Y a même de bonnes âmes pour reprocher aux insoumis de détruire la gauche.

Eh ben, voyons!

« J’ai tendance à gueuler, moi, de toutes façons! », François Ruffin aux amFIs 2017

La France insoumise est encore en formation. Elle est toujours en pleine crise de puberté avec ses coups de gueule et ses montées de sève. Les insoumis se révoltent contre les injustices criantes et passent pour des malotrus lorsqu’ils ne se soumettent pas à l’autorité du gouvernement, remettent en question l’idéologie ambiante ou dessinent un nouveau paysage politique.

Mais en même temps que cette agitation parfois potache, il y a dans la France insoumise une réelle ferveur. Les insoumis adhèrent à un programme, l’Avenir en Commun, une somme de propositions comme il n’y en a encore jamais eu dans l’histoire de France pour renverser un ordre injuste et tenter un nouveau monde.

A droite, les insoumis énervent ceux qui pensaient bien être arrivés à la fin de la lutte des classes, les psychopathes de la finance, les rentiers grincheux et les start-upers narcissiques qui ont élu l’un des leurs à l’Élysée.

Dans les décombres de l’ancienne gauche, les insoumis, on les jalouse autant qu’on les envie. On les critique pour les mêmes raisons qu’on aimerait en être: ils ont des représentants en bras de chemise et de vrais penseurs qui les inspirent, des idées qui leur ressemblent : généreuses mais futées, utopiques mais chiffrées. 

Les insoumis sont peut-être aussi chiants, jeunes et pénibles que les ados mais comme eux ils sont l’avenir en commun.

Faudrait pas que ça change!

Une réponse à “Insoumis, adolescents et casse-couilles

Ça cause... Ça cause... C'est tout qu'est-ce que ça fait... ;)