Sauve qui peut! Saumons-nous!

Même si comparaison n’est pas raison, l’analogie est un excellent moyen de commencer à comprendre la réalité. Quand l’internaute se laisse emporter par le flux d’actualité des réseaux sociaux, il se retrouve dans la même position que l’humain dans le flot de l’Histoire. Une masse de faits sans relation visible défilent autour de lui à une vitesse vertigineuse. Le monde est ainsi: des milliards de micro-évènements déboulent à longueur de temps sur la planète et dans notre existence. Les médias nous abreuvent d’informations disparates et souvent sans lien apparent qui déroutent en continu notre perception de l’actualité déjà déboussolée.

Dans le courant continu

L’affaire Maëlys vient masquer le sabotage du code du travail jusqu’à ce que le chien de Macron dévore la rentrée scolaire sous tension pendant qu’Harvey noie cinquante Texans. A une autre échelle, c’est les chatons de Dorothée qui bousculent l’assiette de fruits de mer de Maurice, le coup de coeur musical de Cassandra ou les deux ans d’amitié virtuelle entre Manu et Bibi. Bref, le flux historique nous emporte dans le tourbillon de l’existence.

J’suis Qu’un Grain De Poussière

Un grain de poussière

Perdu comme enfant

Dans l’oeil du firmament

Prisonnier d’un courant d’air

Un grain de poussière

Un fils de la terre et du vent

                                      Higelin

Sauf qu’on peut l’arrêter à tout moment, s’extirper du courant faute de le couper et, au moins dans sa tête, stopper le cours du monde. Et non seulement on le peut mais on ne peut pas s’empêcher de le faire. Seulement ça s’opère à notre insu. En gros, vous zappez (comme Frank le fit si souvent) et plouf, vous voilà ailleurs, en MP avec Béryle, ou à liker sur Jeff Globule qui trolle sur le mur de Solène JK, avec retour à l’actualité, c’est à dire à dire votre anniversaire.

Vous avez remarqué que votre anniversaire revient chaque année pile poil à la même date? Y a que le jour de la semaine qui change, même si là encore c’est dimanche tous les sept jours. C’est à dire que dans le flux qui vous transporte de la naissance à la mort, il y des balises, des repères qui rassurent, des dates qui correspondent à des faits plus ou moins importants qui, reliés entre eux par des relations de cause à effet, forment l’Histoire.

Méluche et moi

C’est parce qu’un soir d’octobre 2016, je me suis rendu malgré le froid et le brouillard à une réunion de la France insoumise à 10 kilomètres de chez moi, avec dix mecs qui se connaissaient à peine, que je me suis retrouvé 6 mois plus tard à faire le vigile pour Mélenchon au palais des Congrès de Dijon où 10000 personnes se sont retrouvées le 18 avril 2016.

Comme tous ceux qui ont suivi cette soirée mémorable en direct ou par le truchement des hologrammes, on y a vraiment cru. On a cru qu’on pouvait orienter le flux historique en faveur du peuple, de la planète et d’une société plus juste.

Certes on a perdu l’élection présidentielle mais quand Ruffin a été élu, on est tous devenu picard, ou marseillais, ou de l’Ariège. On a peut-être été battu, et on le sera sans doute encore, mais on n’est pas les perdants de l’Histoire. Parce qu’on résiste. Avant de l’emporter un jour ou l’autre.

Il y a toujours une alternative

Trois choses sont donc à retenir: d’abord, en tant que personne humaine, on n’est jamais totalement prisonnier de l’actualité, du temps, de l’espace, bref de sa condition. Ensuite, quoi qu’on puisse nous dire, on gère sa vie: n’en déplaise à Maggie Thatcher, il y a toujours une alternative, une autre façon de faire les choses. Enfin, pour en changer le cours, il faut être plus nombreux et plus forts que ceux qui s’y opposent ou qui orientent le cours de l’Histoire vers le passé et le déjà-vu. La politique, c’est justement comprendre qui on est, choisir sa voie et persuader les autres d’aller dans le même sens. 

Si les idées contenues dans ce billet vous interpellent, sachez qu’elles reposent sur un socle anthropologique développé par la théorie de la médiation de Jean Gagnepain. Six articles la présentent à grands traits qu’on a essayé de rendre éclairants et drôles. C’est pas simple, car rien de ce qui concerne l’humain ne l’est. Mais pour avancer, il faut parfois être un peu réducteur, ne pas toujours chercher à voir l’horizon mais se contenter du haut de la côte. Et puis un jour, tout s’éclaire et vous devinez votre chemin malgré la nuit.

Ça cause... Ça cause... C'est tout qu'est-ce que ça fait... ;)