En sociologie, y a personne ! ou la dialectique

À fréquenter ce site, vous vous serez sans doute persuadé – ou pas – de la nécessité de lire Jacques Généreux.

Et tout particulièrement La Dissociété, qui d’ailleurs, dans sa version poche ne coûte pas plus d’un centime la page, ce qui est plutôt économique. L’auteur y rappelle que dès 2003, il avait eu l’intuition que l’humanité était mue par deux aspirations fondamentales en interaction permanente: le désir d’être soi et pour soi, et le désir d’être avec et pour les autres.

De l’art de la tension…

Ontogénétiques – pour utiliser un vilain mot qui illustre si bien ma maîtrise intellectuelle des étoiles – elles sont, en fait, et pour faire simple,constitutives de notre être.

Entre ces deux rives de l’être, nous sommes en tension permanente, nous cherchons l’équilibre, le compromis nécessaire.

Généreux va jusqu’à parler de synergie positive et de cercle vertueux dans le meilleur des cas.

D’un point de vue empirique, ça se tient. C’pas con. Et si nous n’avions appris à pinailler avec délice, on en resterait là. La pensée de Généreux s’en accommode parfaitement et son lecteur encore plus.

On peut cependant envisager les choses un peu différemment. Allez, soyons sport! Moi ch’uis chaud.

Généreux fait à différentes reprises référence à l’éthologie et remarque à juste titre que, comme un certain nombre d’animaux, l’hominien (l’humain envisagé par l’éthologue) ne vit pas en communauté par contrat social mais qu’il naît au sein du groupe. Que ce soit une horde, une colonie ou une portée. Vous remarquerez que contrairement à Généreux, et à d’autres, nous ne parlons pas de société animale.

En tant que sujet mature, l’animal, et donc l’hominien, est sexué (mâle ou femelle) et a la possibilité de se reproduire (procréer mais aussi élever le petit pour pérenniser l’espèce), ce que nous appelons la génitalité. À la puberté (transition vers la maturité sexuelle), l’animal devient donc autonome. En tant que sujet, il prend sa place dans le groupe ou va faire sa vie pour aller se reproduire ailleurs selon les espèces. Mais il est surtout capable de subvenir à ses besoins. Enfin normalement, s’il est pas trop à la ramasse, il peut faire cuire des pâtes.

L’ado les sent…

L’adolescent(e), même la plus pataude et le plus boutonneux, est donc outillé(e) pour la sexualité et pour la génitalité. Là, pour être franc, je me fais un peu chier avec le genre…

Le jeune adulte a donc tout ce qu’il lui faut pour accéder au dernier stade de l’humanité. Il pense déjà et il est doué de technique et de morale. D’une certaine manière, le pré-pubère était au trois-quart complet. Ne lui manquait plus que ce que la théorie de la médiation appelle la personne. Nous entendons par là la faculté inhérente à l’homme de s’extraire de son état de sujet pour accéder à la condition humaine. Contrairement à Généreux, nous ne parlons pas d’aspiration car l’homme n’a pas le choix. La question du choix ne se pose pas et celle de la liberté est ailleurs. En société, on joue le jeu quoi! Point barre.

On reviendra une autre fois et plus en détail sur ce processus dialectique et structural d’abstraction si vous le voulez bien.

Contentons-nous pour l’heure de dire que l’humain a la capacité de s’absenter simultanément de son genre sexuel et de sa fonction de géniteur, bref de son existence en tant que représentant de l’espèce. Paf, boule de fumée, j’y suis plus. Il passe alors du plein continu animal à une sorte de vide culturel, d’absence, de non-être, pour faire un clin d’œil à Sartre… Qu’il nous rendra peut-être avec difficulté…

Va voir là-bas si j’y suis…

L’humain sort ainsi de l’existence, du temps, de l’espace, de son appartenance sexuelle et de sa place dans la vie de l’espèce: il se singularise au sens fort du terme. Il n’est nulle part, comme la singularité au sein du trou noir.

Au lieu de personne, on a longtemps parlé d’ego. Pourquoi pas? Mais le double sens de personne, comme dans l’histoire d’Ulysse et du cyclope, aide peut-être à mieux faire comprendre le principe. On est loin de l’empirisme de Généreux mais l’humain ne se laisse pas constater. C’est un peu plus embrouillé que cela. Rappelez-vous le steak haché d’humain.

Cette phase de négation ne se chronomètre pas non plus bien sûr. Elle est continuelle et instantanée. Elle se joue dans les neurones mais on ne sait vraiment pas encore comment la chercher sur un cliché d’IRM – même si on progresse à pas de géant, hein, en neurosciences, mais rarement sur de bons modèles.

Toujours est-il que cette phase de négation abstraite transforme tout ce qu’elle traite. Où si l’on préfère, tout ce qu’elle analyse. Elle redécoupe le naturel et lui donne une forme sociale. Au lieu de la frontière mâle/femelle de départ, la personne engendre de la distinction, comme dirait Bourdieu. Elle dessine des statuts, constitue (ou défait) des groupes humains, des familles, des confréries, des classes, des clubs, des partis, des fédérations, des nations.

Celles-ci ne sont jamais figées même si une carte d’identité ou de membre en bloque momentanément les portes d’accès. Sans parler du prix de la cotisation…

Hors les murs…

Mais les frontières qu’elles soient géographiques, temporelles ou sociales peuvent toujours être redéfinies. On l’aura compris, on est dans l’Histoire. Pas la discipline. Mais cette capacité à traiter culturellement le flux des évènements, à créer de la date, du lieu-dit, du singulier et de l’ensemble, de la propriété particulière et de l’universel. Bref. On va se calmer car c’est toujours ce moment-là qui nous rend lyrique.

Ce que Généreux subodore, c’est justement ce mouvement perpétuel et dialectique (un truc de vieux barbus, c’est sûrement pour ça que Jacques ne s’aventure pas dans cette histoire de dialectique…), dialectique entre l’être-soi et l’être-avec.

S’il y a une recherche d’équilibre, c’est qu’il y a de la mobilité, du mouvement, de l’adaptation: nous nommons dialectique ce va-et-vient continuel entre l’abstraction structurante et le contenu toujours redéfini. Té, ça en jette de parler comme un philosophe…

L’humain naît de l’union de deux agents – pour parler socio – au sein d’une communauté qui le prend en charge jusqu’à ce qu’il soit indépendant. Vers trente ans environ 😉

Nous distinguons en effet l’autonomie du sujet capable d’assurer ses besoins et l’indépendance que l’adolescent va manifester en faisant son entrée dans la société. Car c’est là le paradoxe: c’est en devenant véritablement un être social que l’ado devient le plus chiant à vivre. Et il fait ça bien. Consciencieusement.

Il s’isole pendant des jours dans sa piaule avant de ne plus quitter sa bande de potes. Il fusionner avec un alter ego en se roulant des galoches baveuses et interminables. Ou encore, il s’enferme à nouveau dans les toilettes en hurlant que personne n’arrive à le comprendre. Bref, l’ado se cherche entre le chacun pour soi et la bande à la vie à la mort, l’exclusion du bahut et la fraude pour entrer en boite.

Ça devait pas causer politique… au fait?

A ce sujet, l’Avenir en Commun propose d’ailleurs d’abaisser l’âge légal de la majorité: au vu de ce qu’on vient de dire, on est socialement adulte bien avant 18 ans. Alors pourquoi pas devenir citoyen à 16. On en reparlera.L’idée est peut-être que pour qu’il soit sérieux, il faut peut-être commencer par le prendre au sérieux, l’ado…

Mais nous allons faire une pause dans cette présentation de ce que nous appelons le modèle de la personne, le plan 3 ou la rationalité ethnico-politique selon les jours.

Ce qu’il est essentiel de noter à l’issue de cette première étape, c’est que nous concevons l’être humain. Non pas une substance ou un résultat. Mais un principe de transformation culturelle (acculturation est un mot à utiliser pour faire le malin), un processus toujours à l’œuvre. On crée crée continuellement de la frontière, arbitrairement.

Que fait-on d’autre en politique, sinon toujours diviser et rassembler, bouger les lignes et dépasser les clivages? Un peu comme en musique, avec les styles, les puristes, puis les fusions des styles…

La sociologie traditionnelle a l’habitude de faire de l’histoire contemporaine… Oxymore! Ses enquêtes sont tout à fait légitimes… Mais toutes les statistiques du monde ne sont que la courbe de température du passé et relève du champ historique.

Dans la théorie de la médiation, la sociologie étudie les rapports à l’œuvre. Nous avons pour l’instant très sommairement débroussaillé le versant ontologique. Il nous reste à présenter la face déontologique du modèle et la dette sociale, dont Généreux parle avec une humanité très touchante.

To be continued…

Ça cause... Ça cause... C'est tout qu'est-ce que ça fait... ;)